Après 16 ans
Dès l'age de 16 ans , sans l'opiniatreté de mon père, Fabienne aurait dû rejoindre les adultes dans un hopital psychiatrique "ouvert" à toutes les pathologies et sans réelle prise en charge.
Mon père a donc silloné la France, et je l'ai accompagné parfois dans ses démarches.
Je me souviens que nous avons rendu visite à un centre en Ariège ,tenu par un disciple de Bettelheim. L'éducateur qui nous reçu en l'absence du responsable nous expliqua la philosophie et la méthode qui était appliquée dans cet établissement. Loin de tout, dans la campagne ariégeoise déserte, les résidents autistes étaient tenus à l'écart de la société et de la famille considérées comme "agressantes". De même la méthode pour arriver à un mieux être de l'autiste était de ne jamais lui adresser la parole et de ne jamais de solliciter. En fait les éducateurs étaient sensés amener les autistes à la communication par la non communication. Donner l'envie par l'acte mimé comme l'activité de fabrication du pain par exemple. Car il y avait quand même des ateliers.
Je ne sais pas ce qu'en a pensé mon père en tous cas il n'a pas donné suite.
Ensuite Fabienne a été quelques temps dans un "lieu de vie" en Normandie. Ouvert à différentes pathologies il n'y avait pas de prise en charge particulière. Je me souviens d'un entretien auquel j'ai été présente. Il y avait le directeur et le psychiatre mon père et moi.
Mon père " que fait Fabienne de ses journées ?" réponse:" elle fait son trou" concrètement: elle restait accroupie entre son lit et le mur à regarder ses "bidules"
Mon père "quand envisagez vous de lui faire suivre une psychothérapie?" reponse: "Quand elle en emettra le désir" (elle était presque totalement mutique à l'époque)
Mon père (en voyant la manière dont certains grands garçons collaient ma soeur): Envisagez vous de lui faire prendre un contraceptif ? réponse:"Quand elle en emettra le désir"
Le psy restait muet en nous regardant avec des yeux ronds. A un moment la porte s'est entrouverte sur un résident qui voulait demander quelque chose, et le psy s'est mit à hurler : "FERME LA PORTE !!!"
Ce jour là, après avoir laissé Fabienne,nous sommes rentrés dans notre Poitou natal mon père et moi , inquiets et peu rassurés... Le temps qu'elle y ait un accident de vélo (renversée par une voiture) dont nous n'avons pas connu les circonstances mais sans grande gravité, des mois après, mon père a trouvé la résidence ou Fabienne vit aujourd'hui, dans les Pyrénnées,:
l'"Abri Montagnard". Résidence adaptée à ses besoins et sur laquelle je reviendrai dans un prochain billet.